Aux premières loges du renouveau musical alliant musique traditionnelle québécoise et
influences de sources diverses, Mes Aïeux puisent également aux thèmes légendaires de
la littérature orale qu'ils servent dans un contexte des plus contemporains. Au moment de
leur premier effort sur disque, au début de la décennie 2000, on remarque la diversité des
influences qui va de La Bottine (Souriante) et Michel Faubert à des personnages aussi différents que Bob Marley, Village People, Gilles Vigneault, Santana, « les gosseux de guitare du monde entier », Mano Negra, Dieu, Satan, La Bolduc, André Gagnon, les Alexandrins, James Brown ou Félix Leclerc! Ce quintuor, formé depuis 1996 et qui parcourt depuis ce temps le Québec entier, est constitué de musiciens en provenance de divers coins du Québec, du Saguenay à la Rive-Sud de Montréal. Mes Aïeux concoctent une fusion (phénomène s'opérant quand les éléments en présence sont soumis à une chaleur extrême) où se retrouvent les ingrédients les plus divers: le folklore québécois bien entendu mais aussi le funk, le rap, le disco, la bossa nova et la chanson française, à un moindre degré. Ce qui a fait dire à leurs adeptes fidèles, considérant les deux principales sources de leur ragou* bien particulier, qu'ils donnent dans le funklore cette désignation référant aussi bien à la rythmique funky qu'au mot fun qui fait aussi partie de leur credo.C'est d'ailleurs une approche toute liturgique que les cinq personnages-musiciens appliquent à leur premier album "Ça parle au diable!" paru à l'automne 2000.
Les relents de croyances et de comportements issus en droite ligne de la tradition judéochrétienne s'y mesurent à des réalités aussi contemporaines que le Ritalin, les églises vides, le Viagra, les référendums ou les top-modèles, le tout sur fond de diableries et de libations alcoolisées. Quelques semaines avant la sortie du disque, un premier extrait faisait l'objet d'un clip vidéo. La célèbre turlutaine de l'Oncle Adhémard et ses Princes du Folklore à la fin des années cinquante, "Dondaine la ridaine" repopularisée par le Rêve du Diable il y a un quart de siècle et reprise plus récemment par Groovy Aardvark, y bénéficie de la touche spéciale de Mes Aïeux. Quand "Rose Latulipe" est sur le bord de l'overdose, qu'on "Swigne la bacaisse" en sortant de la discothèque, et que Satan luimême est prêt à vendre son âme à la compagnie, il est peut-être temps d'essayer le "Remède miracle" du docteur Brochu! L'année suivante, c'est "Entre les branches" qu'ils proposent un deuxième album qui pousse un peu plus loin leur démarche à la fois consciente des réalités contemporaines avec "Tout seul (à répondre)" ou "Qui nous mène?" mais demeure toujours aussi ludique. C'est le cas entre autres avec "Le temps des semences", "Juste et bon" et l'audacieux mariage de "La prison de Londres" et du succès festif des années soixante-dix "Wow". Le tout sur fond avoué de FGM (folklore génétiquement modifié). Invités sur les scènes les plus diverses et les plus prestigieuses, Mes Aïeux deviennent un groupe indispensable aux organisateurs d'événements qui aspirent à rapprocher les diverses générations. Tournées et festivals leur laissent peu de temps pour les autres volets de leur carrière. Ce n'est donc que trois années plus tard, en 2004, qu'ils auront le loisir de présenter leurs nouvelles créations. À la sortie de ce troisième album, "En famille", entièrement constitué de chansons originales, on constate chez eux un souci plus marqué que jamais pour la dénonciation de la morosité ambiante, tant politique que sociale dans des textes comme "Ça va mal", "Toune en on" ou "Dégénérations". À ces propos plus mordants s'ajoutent de nouvelles teintes au niveau des arrangements, de
l'hommage gastronomique à notre poutine nationale "Hommage en grains", servi avec
sauce mexicaine, aux ballades intimistes que sont "Le repos du guerrier" et "La grande
déclaration" en passant par les relents rock de "Ton père est un croche". Un groupe qui